Do, ré, mi… d’où viennent les notes de musique ? 

C’est au XIe siècle que Guido d’Arezzo a conçu le système de notation qui est encore en usage aujourd’hui, un millénaire plus tard.

N’est-il pas renversant que l’on puisse écrire toute la musique du monde avec sept petites notes seulement? De Mozart au vainqueur du dernier concours de l’Eurovision? Pour écrire un livre en français, il faut tout de même vingt-six lettres…
 
Les humains ont probablement toujours fait de la musique – au moins du chant, des percussions… – mais, jusqu’à ce qu’ils aient mis au point un système efficace leur permettant de conserver et de transmettre la mélodie et le rythme, tout reposait sur la mémorisation et la fragile transmission orale. Dès l’Antiquité, on trouve des traces d’essais de transcription musicale, mais trop complexes, semble-t-il, pour s’être imposés et avoir perduré.

A l’époque médiévale, il fallait ainsi plusieurs années à un moine pour mémoriser l’ensemble des hymnes chantées. Et c’est assez logiquement un musicien italien – qui était également un moine bénédictin – Guido d’Arezzo (on l’appelle parfois « Gui l’Arétin », en français), qui, au XIe siècle, constatant la difficulté rencontrée par ses pairs, a conçu le système de notation qui est encore en usage aujourd’hui, un millénaire plus tard.

Ut, favori des mots croisés

Ce Guido d’Arezzo, génial pédagogue, a eu l’idée d’utiliser pour désigner la gamme des notes les premiers vers d’un chant grégorien que tous connaissaient par cœur, l’Hymne à saint Jean-Baptiste, qui présentait cette intéressante particularité de monter d’un ton au début de chacun des premiers hémistiches. Guido d’Arezzo a associé une note de la gamme à la première syllabe de chaque « demi-vers », syllabes qui se trouvent être : « Ut, ré, mi, fa, sol, la, si ». Les vers eux-mêmes étant les suivants : « UT queant laxis, /REsonare fibris, /MIra gestorum, /FAmuli tuorum, /SOLve polluti, /LAbii reatum, /Sancte Ioannes ».

Le sens du poème est ambigu, selon les spécialistes. Il signifierait quelque chose comme : « Pour que puissent résonner des cordes détendues de nos lèvres tes accomplissements merveilleux, délivre du péché tes impurs serviteurs, ô saint Jean. » On trouve également des partisans de : « Afin que les disciples de tes préceptes puissent, chose admirable, rendre musicales des cordes souples, ôte le mal de leurs lèvres souillées, ô saint Jean. »

Quoi qu’il en soit, pour le dernier hémistiche, « Sancte Iohannes », ce n’est pas la première syllabe mais les initiales des deux mots Sancte et Ioannes, « saint Jean », qui ont été choisies, ce qui donne la note « si ».
 
C'est bien plus tard, au XVIe siècle, que do, première syllabe de Dominus, le « Seigneur », a remplacé ut, trop difficile a solfier, semble-t-il, que l'on trouve encore dans les notations techniques... et les grilles de mots croisés. Les pays germanophones et anglophones, eux, ont préféré un autre système de notation, basé sur les lettres de l'alphabet, nos do, ré, mi, fa, sol (la, si) devenant C, D, E, F, G, (A, B). efficace, mais moins poétique !

Issu de la chronique Drôle de langue de Muriel Gilbert, parue dans « Le Monde » du vendredi 22 juillet 2021 et tirée du livre « Encore plus de bonbons sur la langue. Le français n'a pas fini de vous surprendre ! » ( La Librairie Vuibert, 2019)

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