Antonín DVOŘÁK (1841-1904)

Sa carrière

Antonín Dvořák est un compositeur tchèque romantique du XIXème siècle. Fils du boucher-aubergiste d’un village, Antonín Dvořák apprend le violon, puis étudie à l’école d’orgue de Prague. Pendant les 10 ans où il occupe le poste d’alto solo à l’orchestre du Théâtre de Prague, il découvre le répertoire lyrique et symphonique européen. Il est l’auteur d‘une œuvre considérable.
Il introduit dans son langage musical des éléments du folklore de Bohême ou de Moravie, évoquant ainsi la nature et la culture tchèque et slave. Tout comme son aîné Bedrích Smetana, ses cadets Leoš Janáček et Bohuslav Martinů, il s’est imposé, grâce particulièrement à l’aide de Brahms, avec des œuvres comme les Chants moraves, la Troisième Rhapsodie slave ou la première série des Danses slaves. Cette période slave culmine avec le Dixième quatuor en mi bémol majeur.

Le triomphe !

Mais c’est le Stabat Mater, plus que toute autre œuvre de cette période, qui propulsa Antonín Dvořák sur le devant de la scène mondiale, ce dès sa création à Prague le 28 décembre 1880 sous la direction d’Adolf Čech, Janáček se chargeant de la seconde exécution à Brno en 1882. L’Europe et l’Amérique accueillent l’œuvre à leur tour, Dvořák la dirigea lui-même à Londres en 1884. C'est à la suite du décès d'un de ses enfants (il en perdit trois) qu'en 1875 Antonín Dvořák composa ce Stabat Mater qu'il laissa au fond d'un tiroir. 
En 1877, après le troisième décès, le Stabat Mater prit sa forme définitive. Avec le Stabat Mater, Dvořák a su dépasser ses propres souffrances pour une grandeur universelle. Antonín Dvořák dirigea le Nouveau Conservatoire de New-York de 1892 à 1895. Son séjour aux Etats-Unis lui inspira la célèbre Symphonie n°9 dite "Symphonie du Nouveau Monde".  

L'ŒUVRE

Stabat Mater

Une œuvre inspirée par un drame familial En 1876, Dvořák, pourtant empreint d’un profond sens du sacré et d’une piété fervente, n’a pas encore abordé le domaine sacré dans son œuvre musicale. A 35 ans, il vit alors un profond drame familial : en deux ans, Antonín et Anna Dvořák perdent tour à tour leurs trois jeunes enfants. En septembre 1875, leur troisième fille meurt à la naissance et en septembre 1877, la seconde, un an, meurt d’un empoisonnement accidentel et deux semaines plus tard, l’aîné, trois ans, est emporté par la variole. Quelques mois après le premier décès, entre février et mai 1876, Dvořák entreprend l’écriture d’une œuvre d’inspiration religieuse évoquant la douleur de Marie devant la mort de son fils, un oratorio écrit pour quatre solistes et un chœur mixte avec un accompagnement de piano. Puis il le délaisse pour se consacrer à des œuvres de commande et à ses obligations publiques. A la suite des deux nouveaux décès, en septembre 1877, il reprend l’œuvre. Il met en musique les versets manquants et orchestre l’ensemble. Le Stabat Mater est achevé en deux mois.

L’adaptation d’un poème médiéval, expression de la condition humaine et hymne à l’espérance

Une œuvre inspirée par un drame familial En 1876, Dvořák, pourtant empreint d’un profond sens du sacré et d’une piété fervente, n’a pas encore abordé le domaine sacré dans son œuvre musicale. A 35 ans, il vit alors un profond drame familial : en deux ans, Antonín et Anna Dvořák perdent tour à tour leurs trois jeunes enfants. En septembre 1875, leur troisième fille meurt à la naissance et en septembre 1877, la seconde, un an, meurt d’un empoisonnement accidentel et deux semaines plus tard, l’aîné, trois ans, est emporté par la variole. Quelques mois après le premier décès, entre février et mai 1876, Dvořák entreprend l’écriture d’une œuvre d’inspiration religieuse évoquant la douleur de Marie devant la mort de son fils, un oratorio écrit pour quatre solistes et un chœur mixte avec un accompagnement de piano. Puis il le délaisse pour se consacrer à des œuvres de commande et à ses obligations publiques. A la suite des deux nouveaux décès, en septembre 1877, il reprend l’œuvre. Il met en musique les versets manquants et orchestre l’ensemble. Le Stabat Mater est achevé en deux mois.

L’adaptation d’un poème médiéval, expression de la condition humaine et hymne à l’espérance La composition s’appuie sur un poème du treizième siècle, communément attribué au franciscain italien Jacopone da Todi (1228-1306). Les vingt strophes de trois vers, composées en latin, associent un thème religieux à un témoignage universel et intemporel sur la condition humaine. Les huit premiers versets du poème décrivent l’incommensurable souffrance d’une mère qui assiste à l’agonie tragique de son fils. Puis le poème déploie les suppliques répétées adressées à Marie par les croyants qui, dans un élan mystique, aspirent à ressentir les douleurs de la passion du Christ. Les trois derniers versets implorent la grâce du ciel à l’heure du jugement dernier et expriment l’espérance en un salut et un repos éternels. STABAT. Debout, c’est le mot qui ouvre le poème. Malgré sa détresse, cette mère terrassée par la souffrance, MATER DOLOROSA, se tient debout. A ce mot initial fait écho le dernier, Paridisio Gloria - dans la gloire du paradis - évocation de la grâce qui donne la paix et le repos après une longue traversée d’épreuves. La puissance de ce texte médiéval a inspiré plusieurs centaines de musiciens et les plus grands compositeurs, du Moyen-âge au XXIème siècle. Dvořák s’en est emparé en sa traversée du deuil de ses enfants. 

L’évocation musicale de la douleur 

Tout en restant fidèle au texte, Dvořák s’attache avant tout à traduire l’esprit et les visions du poème. Par la puissance et l’expressivité de son écriture musicale, Dvořák fait du Stabat Mater un hymne à la force intérieure de l’homme qui, confronté aux pires épreuves, à la souffrance et à la détresse, les traverse douloureusement en gardant une indéfectible confiance en la vie et en un avenir apaisé, discernant la lumière au-delà du voile de l’affliction. L’œuvre, à la fois monumentale et expressive, est portée par une puissante énergie mélodique et rythmique, colorée par les harmonies et les modulations slaves de la Bohême. Dvořák s’appuie sur les sentiments qu’il a ressentis et l’émotion affleure en permanence.

L’oratorio est divisé en dix mouvements : - les parties I et II s’appuient sur les huit premiers versets qui exposent la souffrance de Marie devant l’agonie de son fils, - les parties III à VIII développent les suppliques mystiques des croyants formulées dans les neuf versets suivants, (dont les parties V à VII composées lors de la reprise de l’œuvre), - la partie IX implore la grâce de Dieu, - la partie X finale, dit l’espérance en un salut éternel exprimée dans l’ultime tercet du poème. Chaque mouvement est construit sur un thème musical distinct, sauf l’ultime mouvement qui reprend les thèmes du premier. Après une longue introduction orchestrale, le premier mouvement est une enveloppante mélopée funèbre où le chœur, rejoint par les solistes, exprime la profonde affliction suscitée par le drame qui se déroule au pied de la croix. Les mouvements suivants développent l’imploration des croyants. Le dernier mouvement reprend les thèmes musicaux du premier, cette fois-ci dans un mode majeur lumineux, pour exprimer la jubilation devant la grâce accordée et la sérénité atteinte. L’œuvre s’achève par des amen apaisés et évanescents prononcés par le chœur, avant que résonne soudain, brièvement et puissamment, le thème initial de la douleur, écrit cette fois-ci en mode majeur pour appuyer le triomphe de la foi et de l’espérance. La pièce constitue ainsi un arc musical majestueux de la souffrance à l’apaisement. 

Rédigé par Françoise MATHIEU (Alto)

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